Abdennour Bidar, écrivain et philosophe, parle de « triple liens » : les liens à soi, aux autres et à la nature. Pour lui, ces liens sont essentiels à la vie de l’homme et à l’humanité.
Des liens en souffrance
Aujourd’hui, force est de constater que ces liens sont en souffrance. Cette souffrance est en lien avec celle de la société et résulte de nos situations de séparations.
Le philosophe parle d’une crise généralisée du lien dont nous avons la responsabilité de réparer et ceci de manière collective. Cette réparation est nécessaire afin de contribuer à l’émergence d’un futur pour l’humanité et une régénération de la Terre.
Séparations, de quoi parle-t-on ?
La séparation d’avec la nature
Nous vivons séparés de la nature. Effectivement, nous tentons de réparer ce lien dans le fil de la grande cause écologique. Mais nous le faisons de manière intellectuelle : trier nos déchets, veiller à notre empreinte carbone, consommer moins, etc… Certes, ces gestes sont indispensables mais l’auteur interroge sur l’éveil de notre sensibilité et pose les questions suivantes : « sommes-nous capables de sentir le sanglot de la Terre, de percevoir en nous la puissance créatrice de la nature, d’inscrire notre action dans la grande harmonie du cosmos ?… et d’y participer consciemment en faisant notre part de sa grande œuvre de beauté, d’ordre, de justice et de paix ?
La séparation d’avec autrui
Nos sociétés sont des sociétés individualistes et communautaristes. Abdennour Bidar souligne que nous assistons à la multi-guerre des multi-identités. En effet, à partir du moment, où nous appartenons à un groupe (culture, religion, idéologie…), nous en faisons un motif d’exclusion de ceux qui n’appartiennent pas à notre groupe. Les appels à davantage d’humanité et de tolérance restent vains car nos éducations peinent à ouvrir nos cœurs.
La séparation d’avec soi
Il s’agit là de la relation à son propre coeur. Qui nous apprend à vivre selon ce qui jaillit de notre coeur ? Ce coeur n’est pas seulement un organe physique. C’est un organe sensible qui nous relie à notre profondeur d’être, à la source mystérieuse d’où surgissent l’univers et l’harmonie.
Or, nous vivons bien souvent des expériences qui sont rarement alignées entre ce plus profond intérieur et l’extérieur. Nous ressentons dès lors comme une souffrance entre ce que nous sommes et ce que nous faisons. Et nous remplissons ce vide avec des consommations extérieures.
Notre société et notre travail ne nous donne pas l’occasion de chercher, puis de libérer et d’engager la ressource de ce moi profond. Nous sommes conditionnés et condamnés à vivre en surface de nous-même.
Pour l’auteur, il est urgent de réfléchir ensemble à la façon dont nous allons pouvoir reconstruire des vies authentiquement humaines et retisser des liens essentiels de vitalité et de lucidité. Ces liens nous permettront ainsi de nous engager dans le monde de façon intelligente, généreuse et amoureuse.
Inspirons-nous des vieilles sagesses…
Nous sommes les héritiers de vieilles sagesses. L’auteur nous invite à reprendre le flambeau de ces sagesses pour le faire briller dans le monde actuel, face aux circonstances du temps présent, avec les forces qui sont les nôtres aujourd’hui.
L’une de ces anciennes sagesses nous rappellent que l’homme est un être de liens.
En tant qu’homme, je ne suis pas auto-suffisant. Nous devons passer par la matrice du soin, de la famille, de l’école, de l’éducation. Cet écosystème de vie est relié. Pour recréer nos liens aujourd’hui et respirer à nouveau grâce à eux, cette création se fait là où nous sommes et avec les autres. Nous avons tous l’occasion de travailler grandeur nature ensemble à renouer nos liens. La réponse commence en nous et par le groupe.
Le lien à soi-même est en quelque sorte une sortie de soi. On commence par soi mais on ne se prend pas pour but.
« Connais-toi toi même, tu connaitras l’univers et les dieux » Socrate
Cette relation à l’autre nous permet d’aller vers plus grand que soi. Et la fraternité, la compassion, le dévouement, la disponibilité, le désintéressement, le partage, le dialogue nous conduisent à l’autre et continue de faire grandir le lien à nous-même.
Et la nature quand à elle nous conduit vers plus grand que nous.
Agissons, comme Noé, modestement là où nous sommes, à notre échelle, les uns avec les autres dans la multitude de nos petites arches. Patiemment mais activement, en fortifiant en silence ces graines de liens.
« L’espoir est un muscle qu’il faut exercer » Joan Baez
Le philosophe nous rappelle la loi de l’Univers : quand le déséquilibre s’accentue, il se produit quelque chose de si chaotique que les conditions sont réunies pour une renaissance.
Source :
« La puissance des liens » Ilios Kotsou et Caroline Lesire
Résister sans perdre la pureté de son cœur – Dialogue Fabrice Midal avec Joan Baez