Aujourd’hui, les parents équipent de plus en plus tôt leurs enfants de smartphone par conformisme social ou parce qu’ils sont eux-même accros aux écrans. Et en même temps, ils s’alarment des pratiques de leurs enfants sans vraiment les connaître. Les adolescents et les adultes réclament de l’Etat qu’il leur impose une conduite à tenir.. une situation curieuse sur laquelle certains spécialistes expriment leurs préconisations.
Les effets des réseaux sociaux
Sur les réseaux sociaux, certains contenus qui vont être visionnés par les adolescents sont problématiques (cyberpédocriminalité, exposition à des contenus choquants) à laquelle s’ajoute le mécanisme de harcèlement.
En effet, les Gafam (plateformes telles que Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) ne modèrent pas les contenus qu’ils publient et ont rendu leur algorithmes de recommandations addictifs et enfermants incitant ainsi à un scrolling abusif (scrolling : faire défiler un contenu sur un écran informatique).
Or, le scrolling est nocif pour tout le monde notamment pour la concentration, la réflexion, le bien-être, la santé psychique etc…
Il est à noter également que la lecture sur internet est superficielle car les effets de mémorisation sont différents. De part l’excitation générée par les réseaux, il est difficile de repasser en mode lecture profonde une fois que l’on a utilisé son téléphone pour scroller.
Sont aussi soulignés que la recherche de valorisation et la comparaison avec autrui peuvent-être déstabilisantes pour la confiance en soi. Même si l’on constate que d’autres facteurs comme l’organisation de la société et celle de notre système scolaire, viennent fragiliser la santé psychique des adolescents.
Des problématiques de manque de sommeil et les risques liés à la sédentarité sont à constater chez certains jeunes détenteurs de smartphone. Ces problématiques ont des conséquences indirectes sur le bien-être, l’attention, la concentration des enfants.
« Si vous vous adonnez jusque tard dans la nuit à une pratique numérique au point de ne dormir que quelques heures, alors même que vos besoins de sommeil restent importants à l’adolescence vos résultats scolaires s’en ressentiront et ce quelque soit l’intérêt de la pratique en question ». Grégoire Borst, chercheur en psychologie
Cependant, les réseaux sociaux sont aussi des vecteurs d’information, de culture et de mobilisation. Et il est important de souligner que les apports du numérique si celui-ci est bien encadré peuvent être bénéfiques dans l’apprentissage et aider notamment à améliorer certains troubles dys.
Des logiques d’interdiction, d’éducation et de régulation complémentaires et indissociables
Bon nombre de spécialistes préconisent et s’accordent à demander aux pouvoirs publics :
- d’interdir la possession d’un smartphone avant l’âge de 15 ans
- d’interdir l’accès aux réseaux sociaux avant l’âge de 15 ans
- d’établir une politique d’éducation numérique pour les jeunes (pour aider les jeunes une fois détenteur d’un smartphone à naviguer sereinement dans l’espace numérique), pour les enseignants, pour les éducateurs, les magistrats, tous les praticiens de la jeunesse
- d’établir une politique d’éducation à la parentalité numérique en France.
- de mettre en place, dans l’Education Nationale, une éducation des élèves au numérique et non une éducation par le numérique, comme le préconise l’école.
- de demander une régulation de leurs contenus aux Gafam et de sanctionner ces plateformes si les règles de régulation ne sont pas respectées.
- de repenser l’espace public de manière à accueillir les jeunes.
- de réfléchir de manière plus large sur la place faite aux jeunes dans notre société.
Etre à l’écoute des familles
Pour Agnès Fabre (collectif Education Numérique Raisonnée), les préconisations proposées ci-dessus ne vont pas réduire la consommation de videos (en moyenne 4 heures quotidiennes chez les 11-17 ans) mais cela permettrait de réduire la pression sociale qui pèse sur les familles et ainsi les conflits à l’intérieur des familles voir le harcèlement.
Les familles doivent rétablir le débat avec les jeunes et connaître ce qu’ils font dans les espaces numériques.
Etre à l’écoute des jeunes
Les études montrent que les adolescents ne sont pas terrifiés à l’idée de ne pas avoir de téléphone mais leur peur vient du fait de se retrouver isolés socialement. Ils sont également conscients que le scrolling est nocif pour leur santé et qu’une consommation numérique excessive peut nuire à leurs équilibres de vie.
Eduquer aux usages numériques et écouter plus les jeunes, qui ont un regard lucide sur leur pratique sont des actions à mettre en place. Les ados sont attachés à leur liberté sur les espaces numériques et conscients des risques qu’ils y encourent. Ils recherchent un accompagnement venant du monde adulte.
Une récente étude britannique souligne qu’une forte proportion de jeunes de moins de 18 ans se déclare en faveur d’un couvre-feu numérique. C’est bien la 1ere fois dans l’histoire que les ados demandent à ce qu’on leur restreignent leurs libertés individuelles.
En conclusion
Une logique d’interdiction est à envisager seulement si celle-ci est accompagnée par une logique d’éducation au numérique des adolescents, des parents et de l’ensemble des professionnels de la jeunesse, une régulation des contenus des plateformes, une redéfinition de l’espace publique tout en continuant le dialogue avec nos adolescents.
Propos issus du dossier du magazine « Le nouvel obs» et écrits par le journaliste Gurvan Le Guellec.
Spécialistes interviewés
Serge Tisseron (Psychiatre)
Agnès Fabre (Professeure de Lettres)
Anne Cordier (Sociologue)
Bruno Falissard (Pédopsychiatre)
Grégoire Borst (Chercheur en psychologie)